Désert
Je devine que le titre pourrait laisser entendre que je me sens seule/désespérée/déprimée/abandonnée, mais rayez toutes les mentions, elles sont inutiles. En fait, je n'ai pas peur de dire que ces derniers jours, tout va bien.
Il n'y a pas très longtemps, en entrant dans une librairie, j'ai vu accroché au mur une citation de Jules Renard : Il y a des moments où tout réussit. Il ne faut pas s'effrayer. Ça passe. Eh bien, si ça passe, autant en profiter. Les jours s'installent avec lenteur, le soleil se glisse avec espièglerie derrière les nuages et la bruine, ma lanterne éclaire les chemins sombres, d'une lueur pâle, vacillante et blafarde, mais les compagnons de mes errances nocturnes savent à quoi s'en tenir.
J'ai envie de sourire à la vie ces jours-ci. Alors oui, je ne vais pas m'en priver.
Alors je vous offre cette croisière sur la mer de sable.
A ceux qui pleurent quand le jour se lève,
A ceux qui gémissent quand la nuit s'achève,
J'aimerai murmurer ces quelques mots.
Alors approchez-vous, doucement, plus près.
N'ayez pas peur, venez s'il vous plaît,
Que je susurre à votre oreille un flot
Arachnéen,
Cruel et délicieux.
Dans les rugosités de mon langage,
Vous apprendrez, si vous vous montrez sages,
Les mystères des âmes magiciennes.
Le silence vous happe.
Il vous attrape.
Vous étouffe.
Vous étrangle.
J'aimerai célébrer le sang,
Rouge sur le sable ;
Ici il n'y a que le vent,
Les blessures à vif
Des cœurs déchirés.
J'aimerai chanter plus fort
Les maux qui nous dévorent
De l'intérieur.
Exorciser mes terreurs,
Les noyer dans mon angoisse,
Les piétiner.
Sur mon visage du ciel les caresses écorchées.
Entendez-vous vos cœurs qui battent ?
Entendez-vous leurs soupirs ?
Laissez-moi vous les arracher
Et les dévorer par gourmandise.
J'ai faim de vos suppliques,
De vos luttes inutiles.
J'aimerai hurler ma rage,
La déverser en vagues inassouvies,
Et si sous l'écume il y a l'eau claire,
Mes tempêtes ne me laissent que morte vive.
Je me blesse d'air pur,
Je me couvre d'étincelles,
Entre les racines d'une terre nouvelle.
Sur ma peau la saveur amère du sel.
Du froid les morsures
Du soleil les brûlures
Me font exploser en étoiles,
En fleurs séchées,
Dattes, encens et chaleur,
Dans le parfum âcre de la mort
Et de la stérilité.
Enterrez-moi sous les dunes,
Sous la neige d'été,
Pour que jamais le jour ne se lève,
Pour que jamais la nuit ne s'achève ;
Sur mes plaies du fer le languissant baiser.
PS : La musique qui vous est proposée au-dessus de la première image s'intitule Teardrop, elle est du groupe Massive Attack, extraite de leur album Mezzanine.
Par Nuitarius, Samedi 15 Mars 2008 à 00:31 GMT+2 dans Rêveries (article, RSS)






