Emprise Aérienne
Mu par une volonté qui lui est propre, le lierre a enlacé amoureusement les murs. Il a escaladé la marquise de fer forgé, a déposé un baiser verdâtre sur ses lèvres rouillées puis s'est dispersé sur la façade, par jalousie. Il n'y a plus rien à cet endroit, à part le règne végétal de quelques lézards qui se dissimulent entre les pierres et réapparaissent brièvement, gemmes mouvantes noires et brillantes. Un éclair.
Pourtant, aux premiers jours du printemps, quand Mars frissonne encore et qu'Avril n'ose sortir des plis coquins et confortables de sa grande écharpe, la douce agonie du silence disparaît en volutes de coquetterie. Les marches du perron gardent l'immobilité du marbre, elles restent froides sous les efforts inutiles d'un soleil timoré. Et il y a ce son qui perce tout à coup l'air, qui le traverse de part en part et le soumet à ses exigences capricieuses. Les oreilles du promeneur imaginent alors un sortilège des temps anciens, immémorial, auquel l'âme humaine ne peut résister. C'est un cri chevrotant, un sanglot boisé.
C'est ici que le chant du violon est le plus entêtant, le plus capiteux, comme un vin qu'on a conservé précieusement dans les coffres de la cave, comme un parfum suranné et lourd de femme fanée. Il enrobe les meubles et les tapis de torsades grasses et s'enroule ensuite autour des pieds des chaises avec des chuintements secs et torturés. Les bibelots frémissent à son contact blessant.
Il vit.
Il triomphe et claironne sa victoire. Il impose sa présence baroque et puissante, écrase le silence et l'assassine, fend l'air comme un long et large couteau. Il voyage d'une pièce à l'autre, fait vibrer les vitrines noircies par la saleté accumulée des années et tournoie, plus exubérant et vivace que jamais.
Puis le silence.
A nouveau.
Avec un soupir désolé, les deux voix se taisent. Dans l'air restent en suspension leurs myriades affolées.
C'est une maison froide, aux volets fermés. Les fantômes qui y demeurent fredonnent toujours des mélodies oubliées.
PS : La musique qui vous est proposée au-dessus du titre est extraite de la bande originale orchestrée du jeu vidéo The Legend Of Zelda : Ocarina Of Time. Composée par Koji Kondo, elle s'intitule Title et nous vient de l'album Hyrule Symphony.
Par Nuitarius, Samedi 15 Mars 2008 à 02:20 GMT+2 dans Rêveries (article, RSS)






