Animal
Ce texte est le fruit de plusieurs "réflexions" de ces derniers jours, visant à célébrer les créatures affamées qui restent tapies en nous et qui attendent la moindre occasion pour surgir et... Et.
Bref, ce texte est assez différent des autres, dans le sens où je n'ai pas particulièrement cherché à travailler le langage, ou le rythme des phrases, ce que je fais un peu d'ordinaire. Je voulais avant tout suggérer avec le moins de mots possible l'idée que j'avais en tête, mettre en place rapidement une atmosphère et la faire se métamorphoser en crescendo.
Avec ce texte, je vous livre deux vidéos, la première étant celle de la chanson Bleeding Love de Leona Lewis (voilà une femme que je qualifierai d'animale, tout en beauté et en magnétisme) et une autre, qui n'a aucun réel lien avec le sujet mais que je trouvais assez fascinante néanmoins. Mais y a-t-il vraiment un sujet dans tout ce fatras d'idées vagues ? Melting-pot d'impressions donc, pour ce "Animal", bonne lecture !
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Animal
Nuit. Noire. Humide. Statique. Électrique.
Il avance, marche sous la bruine, petits pas pressés, claquements saccadés de ses chaussures sur le bitume. Le col de sa chemise frémit à chaque mouvement, comme une rivière qui chanterait les inflexions de sa source. Ses bracelets carillonnent, dans le tintement discret mais charmant de la pluie qui s'éveille.
Il tourne dans une ruelle, orange sous la lumière larvaire des réverbères. Le pavé luit. Une porte s'ouvre dans l'obscurité, surmontée d'une lanterne d'un vert visqueux, comme une grotesque luciole immobile mais vibrante. Il entre, dans un mouvement fluide et gracieux. Il est comme l'eau vive, imprévisible, chantant. Comme un flot ondoyant de miel et de soleil.
On le salue, il répond avec assurance. Ceux qui l'approchent n'osent rester, car ceux qui le côtoient voient en lui une bête sauvage, prête à mordre et à dévorer la chair de ses petites dents blanches de carnassier affamé. L'instant d'après, ils se reprochent cette observation absurde, car le damoiseau leur paraît plus fascinant que jamais. L'aura de plaisir qui l'encercle surprend, et l'air semble se déformer pour mieux accueillir ses courbes. La matière autour de lui change et se transforme. Il rayonne.
Puis il y a la musique. Les ondes se propagent et s'imposent. Le rythme secoue les cœurs à l'unisson, sur une pulsation parfaite et entêtante. Sans hésitation, sans attente, son corps ondule. Serpentin, félin, il se meut sans un bruit, sans un accroc dans la trame du rythme. Dans les vapeurs incertaines de tabac et d'alcool, on ne peut s'empêcher de l'admirer, les yeux ne se détachent plus de son corps léonin, soudain massif mais souple. Il emplit l'espace, il le module, le façonne.
Les visages s'abaissent et se cachent, les regards se fuient, les corps se cherchent, les mains se trouvent et se troublent. Il accélère. Il sent le musc et le bois, et son aura se développe en tentacules magnétiques d'audace et de force tranquille.
Ici c'est le jour. Noir. Suintant. Mobile. Aveuglant.
Soudain, il s'effondre, happé par l'abîme. Lorsqu'il se relève, chaque partie de sa silhouette se détache du reste, obéissant à des lois indépendantes. Autour de lui, on a peur. Il sourit, avide, animal.
C'est à nouveau la Nuit. Noire. Sanglante. Orgiaque.
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Par Nuitarius, Lundi 17 Mars 2008 à 11:26 GMT+2 dans Rêveries (article, RSS)






