De la troisième conscience.
Pas facile de donner une réponse, la littérature nous paraît souvent un sujet trop vaste, trop éminemment complexe pour qu'un modeste - très modeste - cerveau d'étudiant puisse en faire le tour, encore moins en donner une définition satisfaisante. Pourtant, il fallait donner une réponse.
Je passerai les réactions que cette définition un peu tirée par les cheveux peut déclencher, et j'ai conscience qu'elle est imparfaite, sujette à de nombreuses possibilités de désaccord, voire de contradiction de manière violente et sûrement avérée. Je ne suis pas philosophe, et encore moins une poule. Ha.
Mais revenons-y un instant. J'aimerai quelques minutes pousser cette idée jusqu'où je peux la mener, comme ça, au fil de mes idées et de mes réflexions.
Donner à une idée, à nos perceptions, et à notre existence, une forme matérielle, qu'est le langage, c'est dépouiller cette idée, disons, de son caractère nébuleux, ou parfait. L'idée prend forme, mais cette forme devient imparfaite. Un mot ne peut pas englober toutes les possibilités que notre esprit peut engendrer en un concept, ne peut pas représenter une réalité avec la même acuité que cette réalité même, ou bien le constat sensible de cette réalité. De même, choisir un mot, une expression, une phrase, c'est dénaturer peut-être l'émotion que l'on voulait transmettre et partager. D'individuelle et de particulière, elle devient générale. Perd-elle pour autant son sens ?
Oui, parce chaque individu, et d'autres l'ont prouvé et montré mieux que moi, est la somme de ses expériences, de ses apprentissages, et de son environnement. Le mot "honnêteté" par exemple, n'a pas le même sens pour moi que pour vous qui le lisez, du moins, pas exactement le même sens. Nous ne placerons pas nécessairement les mêmes exemples qui puivent illustrer l'honnêteté, ni les extrémités auquelle celle-ci pourrait mener. Les nuances que le mot renferme varient d'une personne à une autre.
Non, parce que quand bien même nous sommes autant d'individualités que d'individus, nous possédons un espèce de fond culturel commun, qui franchit au fond, assez bien le temps et l'espace. Nous avons des références communes, une expérience multi-culturelle de l'humanité et de ce que celle-ci implique dans nos rapports humains. Un mot, qui aurait donc été dépouillé de l'émotion qu'il devait porter, peut retrouver son sens, quand bien même légèrement différent, lorsqu'il devient la troisième conscience de quelqu'un d'autre. Imaginons alors la littérature, plus que le langage, comme une conscience collective que nous pourrions partager sur notre humanité, sur l'expérience que nous avons de notre existence, que chacun pourrait s'approprier et faire sienne, la rendant ainsi immortelle. Voilà pourquoi des thèmes littéraires aussi banals et cent fois rebattus comme celui des amants au destin contrarié ne peuvent pas prendre une ride. Ils font partis de notre fond commun.
La littérature, ce serait partager une conscience intemporelle de notre humanité commune.
Je crois avoir trouvé un semblant de réponse, mais si celui-ci ne me satisfait pas tout à fait. C'était un peu ma pulsion de tube, pour reprendre les divagations d'une professeure de lettres sur Métaphysique des Tubes d'Amélie Nothomb, une pulsion morbide. J'étais au plus profond de moi-même terrifiée, épouvantée, révulsée, mais surtout fascinée, et incapable d'en détacher mon regard, par la noirceur de l'âme humaine, parce la somme abominable de nos faiblesses.
La littérature, c'est aussi l'expression et la conscience de nos faiblesses. De ce qui fait de nous des humains, justement, et non plus les créatures divines et toutes puissantes que nous nous plaisons à croire que nous sommes. La fiction, c'est le mensonge avec lequel nous déguisons nos défaillances, nos défauts, pour leur donner certes plus belle allure : la littérature serait-elle alors l'expression d'un orgueil démesuré, d'une hypocrisie collective ? Je n'aime pas cette ligne de pensée, mais j'imagine qu'elle se défend assez bien.
Par Nuitarius, Lundi 28 Septembre 2009 à 21:49 GMT+2 dans Errances (article, RSS)






